©Szilveszter Makó - Elle Fanning pour WhoWhatWear

Les éditos papier crépon, l’humanité capable

Il faut qu’on parle des “éditos papier crépons”. En début d’année, le photographe Szilveszter Makó a créé un engouement absolu avec ses séries, parmi tant d’autres, d’Elle Fanning pour WhoWhatWear ou Rama Duwaji pour TheCut. Dans des décors et avec des accessoires entièrement fabriqués dans du papier et du carton, ses sujets évoluent comme des…

Il faut qu’on parle des “éditos papier crépons”. En début d’année, le photographe Szilveszter Makó a créé un engouement absolu avec ses séries, parmi tant d’autres, d’Elle Fanning pour WhoWhatWear ou Rama Duwaji pour TheCut. Dans des décors et avec des accessoires entièrement fabriqués dans du papier et du carton, ses sujets évoluent comme des personnages dans un univers imaginaire. Si Makó, lui, fait ça depuis des années, de nombreux autres artistes s’inscrivent aussi dans ce mouvement. Elio Nogueira, par exemple, a photographié pour Vogue Portugal un conte de fée où les objets de papier de l’artiste Jana Frost prennent vie dans les mains des mannequins. Dans la même vague, certains créateurs de contenus, aussi, lancent des concepts inédits comme Maoui De Saint Denis qui fait vivre des photos d’elles imprimées et découpées à la main ou Pauline Leroy qui fait ses ootd via un mannequin de papier à son effigie. Même les marques se mettent au papier avec des campagnes de pub qui ont l’air tout droit sorties d’une kermesse d’école comme celle de Nicholas Scarpinato pour Samsonite.

Retourner au DIY et au fait main est une chose, trouver son public en est une autre. Alors que l’IA trouve petit à petit sa place dans un grand nombre de domaines et de métiers, cette manière de mettre en scène attire les créatifs mais aussi le public. Ce n’est pas nouveau (on pense aux collages de Warhol ou aux décors en carton-pâte de Wes Anderson) mais le propos et la résonance ont changé. Plus les images ont l’air fausses, plus elles nous accrochent. Peut-être parce qu’on peut justement s’agripper à leurs imperfections, sentir le grain du carton sous nos doigts, respirer l’odeur de la colle, et vouloir se laver les mains de la poussière de la découpe. C’est à nos cerveaux primitifs d’enfants que parlent ces images dont on reçoit l’aspect ludique, la poésie et la pureté. On se souvient des spectacles de fin d’année et des chapeaux Canson, des maisons grandeur nature dessinées à la craie sur le sol, des décors de théâtre et des collages. On a envie à notre tour de dessiner sur une photo, de découper un magazine pour le mettre en scène dans un autre décor, de fabriquer notre meilleur costume avec un bout de carton.

Ces décors en 2D ne peuvent rien faire d’autre qu’au moins nous faire sourire. Car c’est peut-être sans même le vouloir que ces images véhiculent cette idée que l’humanité est encore capable. Capable de faire parler son imagination avec ses dix doigts peut-être même en y consacrant un temps indécent au regard du monstre Productivisme. A nous maintenant de préserver cette douceur et de s’en inspirer.

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